La vie devant moi - Vol.2 - numéro 10
"Pour n'être pas les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise." (Charles Baudelaire)
"Plaisanteries gaillardes, alcool des rires et des mots qu'on interpose entre soi et ses spectres... Peut-être est-ce là une forme paradoxale de la sagesse?" (Paule St-Onge)
"Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu'elle ne s'éloigne." (Casanova)
"Avant d'attaquer un abus, il faut savoir si on peut ruiner ses fondements." (Vauvenargues)
"À propos de chaque désir, il faut se poser cette question: quel avantage en résultera-t-il si je ne le satisfais pas?" (Épicure)
Saviez-vous que...?
Par Isabelle Ricard
(Sources : EfferveSciences, journal trimestriel, créé par un vétérinaire praticien, Jean-Yves Gauchet )
- Les scientifiques ne connaissent pas encore précisément le mécanisme permettant le ronronnement du chat. Ils ont longtemps cru que c’était une vibration du larynx, mais des félins ayant subi une laryngectomie continuent de ronronner.
- Les sons provoqués par le ronronnement sont des sons très graves, ayant des fréquences de 25 à 50 hertz. En musique, on qualifierait ces notes de «basses» qui permettent de provoquer des émotions. Ces sons ont donc un effet direct sur un organisme.
- Des médecins ont utilisé l'action de ces fréquences pour consolider des fractures, avec pour résultats publiés, une accélération du processus de cicatrisation et de création de tissus nouveaux.
- Des chercheurs d’universités vétérinaires ont découvert qu'à blessure équivalente, et à intervention chirurgicale identique, les chats ont cinq fois moins de séquelles que les chiens, et se remettent en forme trois fois plus vite. On peut donc supposer que leur ronronnement a une véritable action thérapeutique.
- Pour l’humain, l’écoute du ronron incite la production de la sérotonine qui a pour effet d’entraîner un état de sérénité qui débouche sur une phase de présommeil lent.
- Écouter le ronronnement de votre chat peut soulager certains états d’anxiété, de stress ou de mélancolie. C'est ce qu'on appelle la ronronthérapie.
Chronique du dromadaire
La gratuité existe-t-elle encore?
Par Caroline St-Jean
Il y a quelque temps, ma chronique abordait certains problèmes syndicaux. J’y expliquais, entre autres, que certaines personnes qui ont perdu le feu sacré se servent de leur convention collective pour s’impliquer le moins possible dans leur job. Combien de fois me suis-je fait dire: "Tu restes à l’école jusqu’à six heures, tu n’es pas payée pour cela." Croyez-vous vraiment que je ne m’en étais pas rendu compte? Parmi les comités dont je suis responsable, il y a le comité de l’album des finissants. Je suis payée pour y travailler parce que ma participation au comité de l’album des finissants fait partie de mon complément de tâche. Quant à savoir si, durant l’année, je fais plus d’heures que ce que mon encadrement prévoit, j’en suis convaincue. Est-ce dramatique? Je ne le crois pas. J’ai toujours considéré mon travail comme un tout. Je fais ma job et c’est tout. Si je décide d’accompagner les élèves trois soirs au théâtre, parce que j’aime le théâtre et que je souhaite leur transmette ma passion, je n’ai pas l’impression que je me fais exploiter par un méchant employeur. Quand j’étais petite, mon père répondait au téléphone jour et nuit. Il n’était pas payé quand, au téléphone, il prescrivait un médicament à un patient souffrant ou en crise. Pourtant, il a passé des heures et des heures au téléphone, tellement qu’aujourd’hui, je déteste les téléphones.
Être professeur, c’est un tout. Depuis que le syndicat et le gouvernement ont sorti la hache de guerre (depuis une vingtaine d’année), les horaires de travail sont scrutés à la loupe par les deux parties. Nous ne sommes pas considérés comme des professionnels, mais comme des ouvriers syndiqués, c’est tout juste si l’on ne punch pas. Ce résultat déplorable de la guéguerre qui oppose mon syndicat et le gouvernement m’embête au plus haut point. Lorsque le boycott des activités étudiantes fait partie des moyens de pression, je respecte les consignes. Autrement, excusez-moi l’expression, mais j’aimerais bien qu’on me fiche (câlisssse devrais-je dire!) la paix. Si je veux cuisiner trois heures de temps et inviter des élèves à souper parce qu’on fait un atelier d’écriture, je vais le faire et ce n’est pas le syndicat qui va décider du menu. À cause de ce genre de bataille bête et stérile, nous vivons dans une société où tout geste gratuit paraît suspect.
J’adore cuisiner, tout le monde sait cela. J’ai énormément de difficulté à cuisiner de petits plats, j’en fais toujours pour dix. J’ai donc pris l’habitude d’apporter des soupes et des potages maisons à des amis de l’école. Vous devriez voir les réactions. Il y a des jaloux, bien sûr, mais il y a surtout plein de gens qui ne comprennent pas. «Pourquoi fais-tu ça? Tu devrais les vendre, t’as du temps à perdre…» Je fais cela parce que je suis incapable de faire de petites soupes, parce que je déteste manger la même soupe quatre jours en ligne et parce que ça me fait plaisir de rendre des gens heureux. Est-ce si compliqué à comprendre?
Dans la société actuelle, tout se gère, tout se monnaie. Les gestes gratuits n’existent plus. Tellement, que parfois on ne sait plus sur quel pied danser. Mon frère me racontait justement avoir ouvert la porte, au centre commercial, à une fille qui avait des paquets plein les bras. Elle lui a dit : «Aye! Le macho, j’suis capable de l’ouvrir toute seule, la porte». Quelques jours plus tard, la même situation s’est reproduite, il n’a pas bougé, la fille a dit :«Y’é donc ben bête lui, la galanterie, y sait pas c’que c’est!». Des situations comme celle là, j’en vis tous les jours. À chaque fois que, spontanément, je m’apprête à aider quelqu’un, j’ai toujours un peu peur de me faire ramasser. À l’épicerie, l’autre jour, la dame devant moi avait déposé une énorme boîte de savon à lessive sous le panier, je me suis penchée pour déposer sa boîte sur le tapis roulant, elle m’a regardée suspicieuse, puis elle m’a souri et remerciée. Elle a enchaîné avec une phrase du genre :«Mon dieu, c’est rare de nos jours que quelqu’un nous rend service spontanément.»
Je pense que le syndicalisme s’est fait emporter par cette vague d’égocentrisme. De nos jours, le moindre geste se monnaie. Je ne suis pas naïve au point de penser que le travail de professeur, comme l’était celui d’infirmière à l’époque de ma grand-mère, est une vocation, mais je crois qu’il y a un petit peu de cela dans le travail que je fais. C’est pour cette raison que, dans la mesure du possible, je suis solidaire des actions syndicales, mais que, par ailleurs, il m’arrive de ne vraiment pas compter mes heures. J’aime mon travail, je le fais. C’est tout.
Une société sans gestes gratuits, c’est un peu triste. Soyez attentif, regardez ce qui se passe autour de vous, la plupart des gens aident les autres dans un contexte donnant donnant. Je vais l’aider à peinturer sa nouvelle maison parce qu’il va m’aider à déménager. Je vais garder ces enfants, il va me le rendre la semaine prochaine. Je ne suis pas contre les échanges de bons procédés, mais de ce point de vue, et c’est sans doute le seul qui me rapproche d’eux, j’ai un petit côté scout. Je ne me sens bien que si je fais une bonne action par jour. Même dans mon métier, je mets cela en pratique. Il m’arrive de lire un texte aux élèves, une nouvelle littéraire particulièrement intéressante, par exemple, gratuitement, juste pour le plaisir de la leur faire découvrir. Eux aussi cherchent l’attrape. «Est-ce que ça compte? Devrons-nous répondre à des questions après la lecture? Non. Alors, madame, pourquoi fait-on cela?» Tous les enfants aiment se faire raconter des histoires. Y’a pas de meilleurs moyens de faire découvrir la littérature aux élèves que de leur raconter des histoires, de leur en faire lire, de leur faire jouer des chansons et des extraits de pièces de théâtre gratuitement. Sans rien compter, sans les attendre dans le détour avec des questions pièges. En début d’année, je dois expliquer que parfois il y aura des activités «gratuites», des activités faites juste pour le fun. Les élèves n’en croient pas leurs oreilles. Certains embarquent, d’autres vont voir leurs parents et se plaignent. «Maman, vendredi, en français, on n’a rien fait, on a lu une pièce de théâtre». On n’a rien fait, mais on s’est intéressé au théâtre, on a interprété un personnage, on s’est amusé, parce que ça ne comptait pas. Ah! tiens, peut-être est-ce cela la pédagogie…ne dites rien, les élèves ne s’en sont pas rendu compte.
Je suis peut-être nounoune et peut-être que les gens abusent de ma générosité, mais je m’en fous, la plupart du temps quand je fais plaisir au gens, cela me rend heureuse. L’autre jour, à la télévision, Janette Bertrand racontait qu’elle avait trouvé un truc pour que son père s’intéresse à elle autant qu’à ses frères, elle s’est mise à lui cuisiner des choses qu’il aimait. J’ai souvent cherché pourquoi j’aimais tant cuisiner, c’est peut-être mon côté Janette, je cuisine pour me faire aimer. J’arrête ici ma chronique, je deviens pathétique, en deux paragraphes je me suis reconnue chez les scouts et en Janette, je vais aller revendiquer une augmentation de salaire avant de sombrer dans le ridicule. Mais si jamais vous avez besoin d’une cuisinière, je demeure disponible!
D’amour, de tendresse, des mots des gestes qui restent derrière, des gens qu’on aimera toujours…(Sylvie Tremblay, Personnages).
La valse des méchants aliments
Par Isabelle Ricard
Quand j’étais enfant, lorsque venait le temps pour ma mère de faire la liste d’épicerie, je me souviens qu’elle nous demandait souvent, à ma sœur et à moi, ce que nous voulions manger pour la prochaine semaine. Évidemment, nous n’en avions jamais aucune idée. En réalité, j’ai le vague souvenir que je ne m’arrêtais pas plus de dix secondes pour réfléchir à la question, considérant que c’était le rôle de mes parents d’élaborer un menu varié et intéressant. Bien sûr, aujourd’hui, je comprends tout à fait la frustration de ma mère qui devait faire preuve d’imagination en plus de gérer efficacement la consommation des aliments, afin que rien ne se perde. Lorsqu’à mon tour je demande à mon chum ce qu’il aimerait manger pour la semaine qui s’en vient, il répond rapidement un nébuleux « Je ne sais pas » qui me rappelle trop bien les grands efforts intellectuels qui le précèdent! Je sais alors que si je ne veux pas que la liste d’épicerie ne contienne que les mots « biscuits », « ketchup » et « jus d’orange », je dois prendre les choses en main et user de créativité.
Seulement voilà, j’ai comme l’impression que la tâche s’est un peu compliquée depuis l’époque de mon adolescence. Je ne me souviens pas avoir entendu ma mère discuter de gras trans, de gras saturés, de lipides, de glucides, de pesticides, d’OGM, de sucre raffiné, de surplus de sel, d’aliments biologiques, d’antioxydants, d’Omégas 3, alouette! Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai parfois de la difficulté à m’y retrouver. Il y a près de deux ans, un reportage à l’émission Découverte sur le gras trans m’a fait rayer les aliments qui en contiennent de mes habitudes alimentaires. Après quelques lectures rapides sur les emballages à l’épicerie, je me suis vite rendu compte que cela concernait une très grande quantité d’aliments. C’est bien beau tout ça, mais il faut maintenant les remplacer. D’ailleurs, une émission de L’épicerie faisait remarquer que les gens délaissent de plus en plus le gras trans, mais ne font pas attention au gras saturé, qui lui aussi est nocif lorsqu’il est ingéré en grande quantité. En fille soucieuse de sa santé, j’ai également réduit au maximum ma consommation de gras saturé. Mais voilà, en réduisant le gras, on se trouve presque toujours à augmenter le sucre – c’est quasi inévitable – ce qui, de l’avis des médecins, n’est guère mieux, voire pire. En fait, il y a deux écoles de pensée : ceux qui disent que ce n’est pas le gras qu’il faut éviter, mais le sucre; et ceux qui disent exactement le contraire. Puisque les deux théories ont des experts apparemment compétents, sérieux et convaincus, que faut-il en penser? Puisque j’ai un esprit somme toute assez cartésien, je me dis que la bonne réponse doit forcément exister et que les deux camps ne peuvent avoir tous deux raison. Par contre, qui peut prétendre, hors de tout doute, pouvoir trancher la question ?
Comme si ce n’était pas assez compliqué comme cela, à force de lire des articles sur le sujet ou d’écouter des reportages télévisés, on se rend compte qu’il faut avoir peur des OGM, puisque pauvres Américains inconscients que nous sommes, nous acceptons d’être les cobayes mondiaux en ce qui a trait à ces aliments-là. Malheureusement, nos dirigeants, ne trouvant pas important de nous tenir informés sur la question, ont aussi omis de légiférer à ce propos, nous condamnant à une ignorance quasi totale de la proportion d’OGM que nous mangeons de notre plein gré ou non. Aussi, on entend maintenant que bien qu’on ait été martelé maintes fois par l’idée que les femmes devaient manger ou boire beaucoup de calcium pour ne pas souffrir plus tard d’ostéoporose, il ne serait pas aussi bon que l’on croit de boire du lait et d’accumuler une certaine quantité de calcium. De surcroît, pendant que certains diététistes et médecins affirment que l’apport de viande rouge et de poisson est essentiel à une santé sans faille, on apprend au Téléjournal que le taux de mercure dans le poisson augmente dangereusement et que la consommation de viande rouge n’est plus sans risque avec toutes les maladies qui attaquent la production de bovins. Tout cela est vraiment à se cogner la tête sur les murs! Tout ce que je désire, moi, c’est planifier une semaine de menus bons pour la santé, en plus d’être stimulants pour les papilles gustatives et de procurer du plaisir à la personne qui est chargée de les cuisiner.
Bien sûr, me direz-vous, je peux m’abstenir de tout prendre en considération et manger ce qui me plaît sans autre soucis que mon goût du moment. Eh bien, non! Un rapide coup d’œil autour de moi me prouve que ceux qui mangent n’importe quoi, n’importe quand et à n’importe quel prix n’ont pas un état de santé qui me fait envie. Tous les cas de maladies, graves et moins graves, qui sont de plus en plus présentes chez des gens de plus en plus jeunes, ne me donnent pas envie de fermer les yeux comme il serait si facile de faire. Sans devenir maniaque ni m’inquiéter outre mesure de tout ce que je mange, je peux quand même faire mon possible pour éviter d’être la cause de problèmes futurs. Je sais que certains ont un goût particulier pour l’inconscience et l’autodestruction, toutefois j’ai plutôt la ferme conviction que d’avoir un corps sain est encore la meilleure façon de profiter au maximum de la vie. Il y a aussi que je ne me suis jamais caché la tête dans le sable face aux conséquences de mes propres actes et que je supporterais difficilement d’avoir été assez bête pour amputer volontairement mon avenir de quelques belles années de plaisir.
Alors, y a-t-il une solution? Probablement, mais j’ignore réellement laquelle. Pour l’instant, je me dis que manger des aliments maison me permet au moins de savoir en grande partie ce que je mange réellement, avec modération (sauf pour les fruits! Je n’y peux rien!), avec parcimonie, avec variété… Évidemment, faire la liste d’épicerie demeurera un casse-tête assez compliqué, encore plus lorsque j’aurai des marmots le moindrement difficiles; heureusement, j’ai toujours été douée pour les jeux de stratégie et d’inventivité. N’empêche, se casser la tête pour le plaisir gastronomique, c’est bien; mais à deux, c’est mieux!
Salade d'épinards, vinaigrette à l'érable d'Annie
(6 à 8 portions)
2 paquets d'épinards frais et lavés
½ choux chinois
1 pomme coupée en tranches
45 ml de raisins secs
2 c. table de jus de citron
1 orange pelée en quartier (ou 2 clémentines)
1 oignon rouge en rondelles
¼ tasse noix d’acajou
1 c. thé graines de lin
3 c. table d’huile de canola ou d’olive
2 c. table de sirop d’érable
4 c. thé de vinaigre de cidre
½ c. thé de moutarde de Dijon
poivre au goût
Les films
Par Isabelle Ricard
À voir:
- (En vidéo) Hotel Rwanda de Terry George, avec Don Cheadle, Nick Nolte, Joaquin Phoenix et Jean Reno. Cette coproduction britannique, africaine, italienne et états-unienne relate l’histoire véritable de Paul Rusesabagina, un gérant d’hôtel rwandais qui a sauvé la vie de 1 268 personnes en leur offrant refuge à l’intérieur de son hôtel, lors du génocide de 1994. Il a dû lutter contre l’indifférence de la communauté internationale qui refusait d’intervenir, la corruption des autorités locales qui protégeaient les gens en échange de pots de vin seulement et l’immobilisme des casques bleus belges qui étaient sur place. Plus qu’un simple résumé de la guerre entre les Tutsis et les Hutus, Hotel Rwanda est une œuvre qui, sans bouleverser l’ordre du monde, réclame un peu plus d’honnêteté et de présence de la part des pays qui ont les moyens d’empêcher les génocides et les atrocités interraciales. On ne peut faire autrement que de ressentir une certaine culpabilité après son visionnement, car on se rend compte qu’on vit dans la plus totale indifférence face à ce qui se passe ailleurs - loin de notre nombril américain - même quand cela est ignoble, inhumain et aberrant. Pour terminer, le réalisateur nous épargne les scènes trop explicites de massacre, mais le tout est si bien suggéré que l’on ressent la terreur des principaux personnages qui, soit dit en passant, jouent leur rôle avec simplicité et crédibilité.
- (En vidéo) Million Dollar Baby de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Hilary Shwank et Morgan Freeman. Bien que l’histoire soit celle d’une jeune femme de 31 ans déterminée à quitter sa vie misérable pour entrer dans le ring, Million dollar baby n’est pas un film sur la boxe. Il est vrai que la première partie du film ressemble à un drame sportif, mais la deuxième partie va faire basculer le récit vers quelque chose de plus profond, de plus intime, de plus déroutant. Personnellement, je me suis laissée prendre au jeu d’Eastwood, je me suis laissée entraîner là où il voulait, avec confiance et vulnérabilité, sans me douter de rien. D'ailleurs, il faut féliciter le génie du réalisateur qui a donné au film une structure infaillible. Son 25e film en tant que réalisateur utilise abondamment les jeux d’ombres et de lumières, particulièrement en ce qui a trait aux personnages. Cela leur donne un air mystérieux qui attise notre curiosité. Le trio d’acteurs, interdépendants, est extrêmement efficace. Tout se passe comme si chacun puisait sa force dans l’autre, ce qui donne des scènes particulièrement intenses. Globalement, la trame du film est simple, les dialogues et les effets spéciaux sont réduits au minimum : pas un mot ni une image de trop, le tout rythmé une narration épisodique(effectuée par le personnage de Morgan Freeman). En somme, c’est une œuvre bouleversante qui mérite amplement les Oscars remportés en mars dernier (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice et meilleur second rôle masculin pour Morgan Freeman).
- (En vidéo) Bride and Prejudice de Gurinder Chadha, avec Aishwarya Rai, Martin Henderson, Daniel Gillies. Comédie musicale fantaisiste haut en couleur et transposition de l’histoire de Pride and Prejudice de Jane Austen, ce film indien ne fera certes pas l’unanimité. Glamour, démesure, changement de costumes à chaque scène, numéros de danse flamboyants, euphorie, décors exotiques à couper le souffle… Bref, il s'agit de tout le charme oriental mêlé à la séduction d’Hollywood. Le récit, quant à lui, est assez fidèle au roman de Jane Austen, à l’exception qu’il est transposé à l’époque actuelle, en Indes. Tout de même, il raconte les amours contrariées par les obligations, les préjugés et les malentendus, dans la plus pure tradition du marivaudage à l’anglaise. Le tout immergé dans un véritable film indien endiablé, avec en prime la sublime Aishwarya Rai, véritable icône à Bombay paraît-il, et – pour mon plaisir personnel – Naveen Andrews (le Sayid de la série Lost).
À éviter:
- Aurore de Luc Dionne, avec Hélène Bourgeois-Leclerc, Marianne Fortier, Serge Postigo, Rémy Girard et Yves Jacques. Le film n’est pas mauvais en soi, mais il faut être particulièrement masochiste pour avoir envie de voir pendant près de deux heures les horreurs infligées à une fillette de onze ans. Je suis sortie de la projection avec un mal de cœur persistant et un dégoût généralisé, en me demandant ce qui avait bien pu me prendre d’aller voir une œuvre exploitant le martyre qu’à vécu autrefois une pauvre innocente. J’ai trouvé qu’il était d’un goût plutôt douteux de rassasier notre côté voyeur par des scènes explicites de torture infantile, d’autant plus que certaines sont particulièrement difficiles à supporter. Pour le côté plus cinématographique que moral, les acteurs sont la plupart du temps crédibles (particulièrement les enfants), mais il y a bien quelques scènes où Hélène Bourgeois-Leclerc donne presque envie de rire, tellement son imitation de la folie est caricaturale. De même, j’ai trouvé Serge Postigo particulièrement mauvais – à moins que ce ne soit son personnage qui manque de profondeur et de réalisme. De plus, la musique du film est presque toujours inappropriée et elle nuit au récit au lieu d’en accentuer la portée. J’ai aussi été dérangée par les transitions non subtiles entre les scènes (longs fondus noirs).
- Ma sorcière bien-aimée (Bewitched) de Nora Ehpron, avec Nicole Kidman et Will Ferrell. Dans la catégorie des reprises de séries de notre enfance pour producteur en déficit d’idées, on ne peut pas dire que celle-ci fait grande impression. En plus de l’inepte et grossier personnage qu’est l’acteur principal, pathétique cabotin sans envergure, sans talent et sans sens dramatique, une carence évidente au plan scénaristique aura tôt fait d’ennuyer le spectateur le moins avisé, quand il n’insultera pas carrément l’intelligence du cinéphile qui en a pourtant vu d’autres! Il y a bien Nicole Kidman qui remue allègrement son mignon petit nez et qui semble beaucoup s’amuser à jouer les sorcières. Si toutes les scènes étaient comme celles où Nicole Kidman est seule et apprend à gérer sa nouvelle vie de femme « normale », le film aurait eu des chances d’intéresser un tant soit peu. Quant à Will Ferrell, est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment il se fait que ce grand abruti fasse du cinéma? À mon avis, le responsable du casting devait être sous l’effet de quelque sorcellerie lorsqu’il a fait ce choix. Bien plus qu’improbable, il est impossible de rendre crédible le fait qu’une femme, aussi sorcière soit-elle, puisse s’intéresser deux secondes à cet énergumène. Pour le romantisme, il faudra repasser… Pour la magie, il est préférable d’attendre le quatrième Harry Potter.
Les capsules de Guy Bertrand
- Il est accusé d’avoir frappé les deux enfants.
On frappe quelqu’un avec sa main, son poing, son pied ou un objet quelconque, mais on heurte ou on renverse un piéton avec sa voiture. Dans l’exemple ci-dessus, comme il n’était pas question de violence physique, il aurait été plus correct de dire : il est accusé d’avoir HEURTÉ ou RENVERSÉ les deux enfants. Par ailleurs, quand deux véhicules sont en cause, on doit utiliser les verbes heurter, tamponner, emboutir ou percuter. On peut également dire que deux véhicules sont entrés en collision.
- Il faudrait un gel des frais de scolarité.
On appelle DROITS DE SCOLARITÉ et non pas frais de scolarité la somme exigée d'une personne par l'établissement scolaire dans lequel elle s'inscrit.
- Il y a une filée de voitures de deux kilomètres…
Le mot filée est très rare en français. Il désigne une série de carreaux placés bout à bout dans un carrelage. Pour désigner des personnes ou des objets placés les uns derrière les autres, on doit utiliser la mot FILE. Il faut donc parler d’une FILE de voitures de deux kilomètres.

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